vendredi 20 janvier 2017

Strangers in the night


Mercredi soir, alors que la nuit était tombée,  le "club Vins étonnants" de Limoges s'est attaqué à une dégustation 100 % vins étrangers. Au programme : des vins italiens, espagnols, autrichiens, australiens et slovènes. Pour beaucoup, ce sont des vins arrivés récemment que nos amis n'ont pas encore eu l'occasion de déguster. Je suis évidemment curieux de connaître leurs réactions face à ces cuvées qui sortent de l'ordinaire.


On démarre avec l'Italie avec le Riseis 2009 dont je vous ai parlé récemment ICI. Ce Trebbiano d'Abruzzo (Ugni blanc en Français) est plutôt destiné à être bu dans les 2-3 ans qui suivent sa mise en bouteille. Au bout de six ans, il ne ressemble plus du tout au vin de départ : il est parti sur des notes tertiaires faisant plus penser à un liquoreux qu'à un blanc sec (agrumes confits, encaustique, truffe). Par contre, en bouche, il a la même fraîcheur que dans sa jeunesse, et bien sûr, pas un gramme de sucre. Perso, ce vin m'avait vraiment séduit. Mais j'ai intéressé du retour de mes convives qui le découvraient : 100 % positives ! Il a plu à tout le monde, y compris à une dame qui d'ordinaire est fâchée avec les vins blancs. L'accord avec le jambon cru, le parmesan et les amandes grillées le rendait encore meilleur. Bref, tentez à votre tour l'expérience Riseis (nous en avons recommandé chez notre fournisseur) pour la modique somme de 5.50 €.


Nous avons poursuivi avec deux Rieslings : un Autrichien – un Gebling 2013 de Sepp Moser et un Australien – le Trial Hill 2010 de Maverick. Le premier est fin, frais, élégant, avec une aromatique pêche/ananas/agrumes, et quelques grammes de sucres résiduels en final (équilibrés par l'acidité). Le second a un nez beaucoup plus corsé : certains diraient pétrolé. Je dirais plus terpènes d'agrume (sentez une lasure allemande à base de ces terpènes : vous comprendrez). Mais aussi aiguille de pin, zeste de mandarine. En bouche, ça envoie sévère, avec une matière dense, puissante, très aromatique, et une acidité des plus toniques. La finale poursuit sur la lancée, avec toujours ces terpènes bien marqués. Je vois se former deux écoles : ceux qui préfèrent le vin autrichien, car il est plus fin et plus confortable, dirons-nous. Et ceux qui sont enthousiasmés par le second, hymne au Riesling punchy. Autant je suis palais de fillette sur les rouges, autant les blancs comme ça, j'adore ! L'accord avec le saumon basse température, réduction mandarine/fruit de la passion, courgette/fenouil poêlés se fait mieux avec le Trial Hill, surtout lorsque vous slurpez la sauce, très concentrée.


Deuxième duel de la soirée : à ma gauche, un  Espagnol – un Rioja Graciano 2015 du Mas de Victor – et à ma droite, de nouveau une Australienne – une Shiraz Selkirk 2012 de Bremerton. J'avais parlé de ces deux vins ICI. Le premier a un fruit éclatant, au nez comme en bouche et une fraîcheur réjouissante. En bouche, c'est charnu, juteux, gourmand, toujours très frais. J'avais du mal à imaginer que l'on ne puisse pas aimer ce vin. Et en effet, il a fait l'unanimité des convives. Lorsqu'ils ont su le prix (7.90 €), ils l'ont aimé encore plus ! La seconde, même si elle est loin de certaines consœurs caricaturales et écœurantes, a recueilli des avis plus divers. Le chef du restaurant – à qui je fais goûter tous les vins – a par exemple adoré. D'autres l'ont trouvé un peu trop "démonstrative", on va dire. Au suffrage, l'Espagnol gagne le match haut la main. La souris confite de porc Duroc, frites de patates douces et carottes rôties se mariait mieux avec le Graciano, car elle n'écrasait pas le plat. Les deux étaient très complémentaires.


Avec le fromage – comté et pâte de coing – j'ai servi le vin le plus "bizarre" de la soirée : une Malvazija 2010 de Klinek (Slovénie). C'était l'occasion d'expliquer ce qu'était un vin orange (pour faire court, c'est un vin blanc vinifié comme un vin rouge : les peaux macèrent durant la fermentation alcoolique). La couleur or/orangé intense fait plutôt penser à un liquoreux. Au nez, on a des notes confites/résineuses/médicinales. En bouche, c'est à la fois puissant, généreux, très aromatique, et en même temps droit, austère, sans concession. La sensation tannique est réduite car le vin est servi à la même température que les rouges (17-18 °C). Comme d'hab', je vais être honnête : personne n'a adoré ce vin – pas même moi –  mais tout le monde a trouvé l'expérience intéressante et avait été ravi de la faire (et personne n'a dit : beurk, c'est pas bon). Cette cuvée est définitivement une bonne introduction aux vins oranges (car certains sont vraiment imbuvables).


Pour le dessert, histoire de boucler la boucle, nous sommes repartis en Italie avec un Prosecco Extra-Dry. Comme son nom ne l'indique pas, il n'est pas Extra-Sec. Cela correspond à un dosage qui existe aussi en Champagne situé entre 12 et 17 g/l (celui-là en a 16 g/l). Le sec est dans la fourchette 17-32 g (sic). Vous l'aurez compris : cela date d'une époque où l'on appréciait le Champagne (trèèès) sucré... Mais revenons au Prosecco. Il est issu à 100 % du cépage Prosecco. Enfin, c'est comme cela qu'il était appelé avant que l'appellation Prosecco n'existe. Pour éviter toute confusion, on l'appelle aujourd'hui Glera, ce qui n'est guère appétissant pour un Français... Le dosage de cette cuvée fait que ce vin passe facilement avec un dessert – à condition qu'il ne soit pas trop sucré, comme cette tarte aux pommes – sans que l'on ne ressente de sucrosité. Au contraire, le Prosecco est frais et désaltérant. Il remet les papilles en place : on serait quasiment prêt à refaire un nouveau repas (alors que servir une bulle peu ou non dosée en fin de repas relève du massacre).

Eh bien voilà un joli tour du monde en restant les pieds sous la table à Limoges. Le mois prochain, on remontera dans le temps avec les vins de François Pinon. J'ai hâte, comme dirait un ami cher :-)